Inventer une rhétorique pacificatrice


La médiation implique l'utilisation d'une parole pacificatrice. Malgré les bonnes intentions, ce qui est pratiqué le plus couramment cultivé et enseigné est l'art d'une parole fondée sur le parti pris. L'implication directe est le duel verbal que l'on retrouve érigé en discipline avec la rhétorique dont le sens commun lui donne désormais une connotation négative. D'ailleurs, l'une de ses branches, l'éristique, développée par Schopenhauer, valorise les stratagèmes qui arment la parole pour vaincre plus que pour convaincre.

Ainsi la rhétorique est devenue, au cours des âges, un art oratoire d'affrontement plus que de réconciliation des points de vues laissant à un arbitre, un juge, le soin de trancher sur la pertinence des arguments.

Les émotions impliqués dans les conflits doivent-ils avoir un " packaging verbal " qui satisfait l'esprit dominant des prétoires sauvages ou de l'appareil judiciaire ?

Ni juge, ni arbitre, le médiateur n'est pas non plus un conseil ou un réconciliateur ; il est le créateur d'un espace d'échange entre des personnes dont les points de vue s'affrontent. Ainsi, La médiation peut introduire dans la résolution des différends une nouvelle forme de la rhétorique dont le médiateur est à la fois le véhicule et le garant.

Favoriser la responsabilisation


La présentation des arguments contradictoires n'est pas une condition pour l'écoute des exposés de chacune des parties. Avec la médiation du XXIème siècle on passe d'une rhétorique d'affrontement à une rhétorique pacificatrice. Comme l'autre, celle-ci peut s'apprendre ; il s'agit d'une véritable discipline ; comme l'autre, elle suppose une maîtrise. Mais le tiers intervenant a un objectif de pacification relationnelle. S'il n'a pas le message de la Raison, il a celui de la qualité de communication grâce à laquelle les partis peuvent réorganiser les conditions de la paix.

Par voie de conséquence, la médiation est un moyen de responsabilisation et d'autonomisation des parties par rapport aux différends auxquels elles sont confrontées. Toutefois, encore faut-il que le médiateur soit effectivement compétent, neutre, c'est à dire non inducteur de solution, impartial, c'est à dire non sympathisant avec l'une ou l'autre des parties, qu'il maîtrise les tenants de la confidentialité et enfin qu'il ne confonde pas son activité avec celle d'un consultant ou d'un juriste.

Développer les applications


Les champs d'application de la médiation sont très nombreux. Nous pouvons nous en apercevoir en faisant un inventaire du secteur sociétal, de l'entreprise, de la famille, des relations des citoyens avec l'Etat et ses structures et des relations inter-étatiques. Avec la médiation, c'est une nouvelle culture qui tend à se propager. Elle prend en compte la dimension émotionnelle des conflits et l'aspiration fondamentale des personnes, qui, même au moyen de la guerre ne souhaitent que la paix. Le médiateur interagit en pédagogue pour permettre aux parties de s'apaiser et de négocier dans le meilleur des climats possibles.

Avec le développement de la médiation, nous disposons au XXIème siècles, d'un moyen de promouvoir la parole de paix entre les personnes. Mais ce propos idéaliste n'a de sens dans la réalité que parce que la médiation offre, par l'entremise du médiateur, un contexte, un cadre, des repères et est structurée par un processus qui permet d'aboutir à la résolutions des différends quel que soit le nombre des acteurs et la cause de leurs conflits.

Article rédigé par Jean-Louis Lascoux, auteur de " Pratique de la Médiation ", ESF-Editeur